Trevor Fiore, charme latin chez Citroën

4 Januar 2021 - caradisiac

Trevor Fiore, charme latin chez Citroën

Son passage a été rapide, mais c’est lui qui a installé un studio de design moderne chez Citroën. Trevor Fiore a internationalisé les doubles chevrons et il a initié la création de concept cars en France.

Après la mort de Flaminio Bertoni, en 1964, Robert Opron a repris le flambeau de son illustre prédécesseur à la tête du Centre Style de Citroën. Mais en 1975, cet homme qui avait géré le développement de la GS et de la CX, quitta Citroën pour prendre en mains la création chez Renault.

Entre 1975 et 1980, après le départ de Robert Opron, personne n'occupe le poste de responsable du style chez Citroën. L'un de ses lieutenants, Jean Giret, remplit ce rôle, officieusement et sous la direction technique et pesante de Xavier Karcher. En janvier 1980, Trevor Fiore reforme un vrai studio et lance l'idée du premier concept-car de la marque, la Karin.

Le pedigree de Trevor Fiore le prédestine à une carrière internationale. Fils d'une mère normande et d'un père italien, Trevor Fiore est né le 4 avril 1937 en Grande-Bretagne. Son grand-père, milanais, était venu en Angleterre à la fin du XIXe siècle, changeant son nom de Frost en Fiore. Il suit les cours de l'école technique supérieure de Sheffield puis l'École des beaux-arts de Poitiers. Il quitte le foyer familial en 1952 pour travailler chez Standard-Triumph, d'abord comme apprenti puis comme employé. En parallèle, il suit des cours aux Beaux-arts de Birmingham.

En sortant de l'école, en 1956, il est engagé pour de bon chez Standard-Triumph, une marque britannique qui va se tourner de plus en plus vers les stylistes italiens, notamment Giovanni Michelotti.

Passionné par la culture française, Trevor Fiore rêve de Paris et abandonne les brouillards de Birmingham. En 1960, il travaille chez Raymond Loewy, au CEI (Centre d'Esthétique Industrielle). Après la France, il rêve de retrouver l'Italie, la terre de ses ancêtres. Il veut connaître l'ambiance des ateliers turinois, au cœur de la carrosserie italienne. Le carrossier Fissore lui offre une première opportunité en 1962. Pour cette petite officine, il dessine plusieurs voitures de sport : Elva GT160 S, TVR Trident, TVR Tina et participe au dessin de la De Tomaso Vallelunga. Ses liens avec Fissore le conduisent à dessiner la spectaculaire Monteverdi Hai à moteur central (1970).

Trevor Fiore est à la même époque consulté par Jean Rédélé pour travailler sur le projet Alpine A310 qu'il va traiter dans le même style que la Monteverdi Hai, la ressemblance entre les deux voitures étant surtout flagrante dans le traitement de la partie arrière. La coopération entre Jean Rédélé et Trevor Fiore se prolongera jusqu'en 1975. Un projet pour le remplacement de la A 310 est même proposé.

Après de multiples collaborations (pour Volvo, Coggiola, Gilbern, Aston Martin, Bond, Daf...), Trevor Fiore souhaite se poser plus durablement chez un constructeur. Il devient consultant chez Citroën avant d'être engagé au poste de responsable du style. Dès son arrivée quai de Javel, siège du double chevron, en janvier 1980, Trevor Fiore s'emploie à restaurer un vrai studio. Styliste séduisant et voyageur, il doit à son origine franco-italienne et à son éducation britannique une personnalité cosmopolite qui tranche sur l'atmosphère quelque peu austère qui règne alors chez le constructeur français.

Chez Citroën, son premier acte de foi se prénomme Karin et débute au Salon de Paris en octobre 1980. Avec son volume pyramidal, ses portes ouvrant en ailes de mouette, ses trois places de front et le poste de conduite central, Karin choisit le registre de l'utopie. Elle exprime la reconstruction du style Citroën. Le suivant, baptisé Xénia, est dévoilé au Salon de Francfort 1981. Son volume monocorps se veut plus réaliste, mais il est prémonitoire des monospaces du futur. Il annonce aussi bien la Manta d'Ital Design que l'Espace de Matra.

Trevor Fiore encourage les talents originaux, envoie les jeunes stylistes Jean-Claude Bouvier et Erick de Pauw se perfectionner à l'Art Center College of Design à Pasadena, en Californie, une démarche alors très originale. Indépendant dans l'âme, citoyen du monde, Trevor Fiore n'est pas à l'aise dans le carcan d'une marque gérée par des financiers et des ingénieurs. En 1982, il manifeste le désir de s'éloigner de Paris. Il part s'installer à Sophia Antipolis, sur les hauteurs de Nice, pour mettre sur pied un studio de design avancé. Ici encore, Trevor Fiore se montre visionnaire. Plusieurs constructeurs internationaux (Toyota, Mercedes-Benz) installeront eux aussi des studios de design sous le soleil de la Californie, de la Catalogne ou de la Provence.

Peu après, Trevor Fiore reprend son indépendance et s'éloigne : il crée l'agence Dessinnova en Californie. À la fin des années 1980, Trevor Fiore, installé à Irvine, est l'un des premiers designers approchés par Bugatti Automobili SpA qui est en train de préparer le lancement de la future EB110. En quelques semaines, il réalise une maquette qu'il baptise opportunément « Atlantic ». Le projet est présenté en juillet 1988 à la direction de Bugatti, mais il n'est pas retenu. Bugatti Automobili lui préfèrera l'option soumise par l'architecte de l'usine...

Désabusé, Trevor Fiore ne quittera plus sa retraite californienne.