Quand les restomods mettent le marché des anciennes sens dessus dessous

hace 1 día, 3 horas - 6 abril 2026, gocar
Quand les restomods mettent le marché des anciennes sens dessus dessous
Contraction de « restauration » et « modification », le restomod consiste à reprendre une base classique pour y injecter une technologie moderne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette tendance a le vent en poupe ! Ce qui n’est pas sans conséquence sur le marché des anciennes…

Longtemps, le collectionneur traditionnel a juré par l’origine. Le bon moteur, la bonne boîte, la bonne teinte et si possible, les bonnes factures jaunies dans une farde ! Puis une autre tribu a pris de l’ampleur : celle des amateurs qui veulent le charme d’hier, mais sans les caprices d’hier. Pourquoi ? Principalement, et nous vous en parlons régulièrement, parce qu’ils sont des utilisateurs. Ils veulent sortir en balade en famille, partir en vacances ou encore chercher le pain avec leur ancienne. En clair, ils veulent une ancienne qui démarre au quart de tour, freine droit, éclaire la route et ne transforme pas chaque sortie dominicale en pèlerinage mécanique ! Et c’est là que le Restomod se présente comme la réponse idéale…

Outre l’aspect fiabilité, aujourd’hui, un nombre croissant d’amateurs cherchent une expérience de conduite pure, une pièce singulière et taillée à leur image. Le restomod coche donc toutes les bonnes cases ! Et la surabondance de supercars modernes électrifiées et jugées « impures » aux yeux de certains puristes, ne fait que renforcer cette tendance…

Bref, le restomod a le vent en poupe… Et cela a des effets très directs sur le marché des automobiles de collection, y compris celles de série !

Singer, le king en la matière

L’exemple le plus frappant reste évidemment Singer. La maison californienne, devenue une référence mondiale du genre, part d’une 911 de type 964, c’est-à-dire la génération produite de 1989 à 1994.

Cette génération a longtemps été coincée entre l’aura des classiques plus anciennes et le statut presque sacré de la 993, dernière des air-cooled. Bref, une génération un peu « oubliée »… Puis Singer est arrivé, suivi d’autres spécialistes qui ont reproduit cette tendance, et soudain la 964 est devenue la matière première d’un produit de luxe automobile. Résultat ? Les belles autos, saines et aptes à servir de donneuses, sont beaucoup plus recherchées. Et quand une base sert à créer une pièce à plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions d’euros, le marché de la voiture d’origine finit fatalement par tousser.

Et de fait, la cote des 964 s’est enflammée pour une double raison : il y a ceux qui cherchent une base pour en faire un restomod (que ce soit par Singer ou, nettement plus probablement, par une autre société qui en copie le principe) et il y a les autres… qui veulent une 964 proche de l’origine ! Bref, aujourd’hui, une 964 de série, en bel état et restée d’origine, est devenue un bien rare et très convoité !

La 993 suit d’ailleurs un cheminement assez similaire, avec des préparations signées Gunther Werks ou Tuthill. Alors certes, le modèle, en tant que dernière 911 « à air », a toujours été convoité, mais cette tendance ne va pas faire baisser les prix…

Alfa Romeo, Jaguar et les autres…

Bien entendu, ce phénomène ne s’arrête pas à Porsche. Chez Alfaholics, on sublime les Alfa Romeo de la série 105. Chez Eagle, la Type E devient une sorte de Jaguar ultime. Chez Kimera, l’EVO37 ressuscite l’esprit de la Lancia 037. Même les constructeurs et départements officiels s’y mettent : Land Rover Classic remasterise des Defender sous son programme « Works Bespoke ». On ne va pas faire la liste entière, mais vous avez probablement saisi l’ampleur de l’engouement !

L’influence sur la cote est évidemment très limitée sur les modèles des années 50 à 70, ce marché étant à la peine en ce moment. En revanche, un nombre croissant de « youngtimers » servent aujourd’hui de base à des restomods, ce qui pourrait avoir un impact nettement plus significatif ! Pour le moment, ce sont principalement des modèles haut de gamme qui sont courtisés, à l’instar des Lamborghini Diablo par Eccentrica, Ferrari F355 par Evoluto Automobili, voire Lotus Esprit par Encor. Mais la tendance est globale et des modèles plus « populaires » sont également ciblés : on pense à la Peugeot 205 GTI par Tolman ou encore à la BMW Série 3 par Redux.

Le restomod «low-cost» ?

Alors certes, le prix de ces exemplaires « revisités » donne le vertige… Mais cela inspire aussi ! Le restomod n’est en effet pas qu’une tendance réservée à une élite financière confiant des bijoux hors de prix à des ateliers cliniques : il est parfaitement possible, via une mécanique moderne, un système d’infodivertissement bien intégré, voire des suspensions retravaillées, d’avoir un restomod sur mesure, presque fait maison, à un prix plus « accessible » ! Et un youngtimer coche toutes les cases du restomod idéal : le bon âge, une base relativement moderne et une technologie facile à moderniser. Alors bien sûr, il y a la question de la légalité de tout ceci, qui devient cruciale lorsque des éléments techniques, tels que le moteur ou les trains roulants, sont modifiés…

Si on se concentre sur le marché, on peut remarquer un paradoxe, en ce sens que le restomod nourrit le… camp d’en face ! Car à mesure que certains exemplaires sont transformés, ceux qui restent strictement conformes à l’origine prennent eux aussi de la valeur…

Et à l’avenir ?

On sort notre boule de cristal ? Les restomods vont-ils garder leur valeur ? Un coup d’œil sur le marché nous donne deux tendances. Les « restomods » les plus prestigieux préservent une haute valeur sur le marché. Liste d’attente et production limitée obligent : les Singer et Eagle deviennent à leur tour des légendes, bien plus encore que les modèles sur lesquels ils reposent !

À l’inverse, en ce qui concerne les restomods plus « artisanaux », tout dépend grandement de la qualité d’exécution, de la cohérence du projet… et de l’acheteur suivant. Car contrairement aux créations des grands noms du secteur, un restomod « maison » n’est pas toujours perçu comme une valeur refuge. Tandis que le modèle resté d’origine, lui, reste une valeur sûre. Et n’oublions pas que le principe d’une mode, c’est de se… démoder !

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